Chroniques historiques de l'Yonne

       

 

→ Actualité de la recherche.

→ Violences contre Marie Arnault par son mari, Jacques Farinade.
→ Servitude d'un homme et de son cheval. 

 


Actualité de la Recherche
       

 


Quels sont les travaux de microhistoire en cours, prochainement publiés par Alain Noël ?  

- La Page du Chercheur n° 23 sera consacrée à une exploration détaillée d'un document de 1565 ayant trait à la taille de guerre pour renforcer les fortifications de la ville de Dixmont. L'analyse portera sur les individus qui ont refusé de payer la taille, et sur les conséquences du renforcement de ces fortifications, cinq ans avant la mise à sac de la ville par les troupes catholiques du maréchal de Cossé-Brissac.

- La Page du Chercheur n°24

Marie Arnault, épouse de Jacques Farinade

 

Le document qui suit est un témoignage accablant de la violence d’un homme, magistrat par surcroît, contre sa femme, Marie Arnault, violence qui s’exerce au sein du foyer au vu de tous. Marie Arnault témoigne, ce dimanche 23 juillet 1634 [1], contre son mari, Jacques Farinade, lieutenant criminel assesseur en la prévôté de Sens, qui cherche depuis plusieurs mois à lui faire signer une procuration pour vendre un bien appartenant en propre à son épouse. La violence est portée à son comble dès lors que la signature du contrat approche : frappée, prise à la gorge, menacée de mort avec une épée, elle ne doit son salut qu’à l’intervention de sa servante et d’un maçon, qui se trouvait sur les lieux. Marie Arnault finit par céder et signe la procuration. Mais elle se ravise en l’absence de son époux, parti à Paris signer le contrat. Elle ose finalement témoigner devant le notaire pour invalider ledit contrat et mentionne alors dans son témoignage d’autres épisodes de violence perpétrée par Farinade, devant des témoins.

Cette notice est le point de départ d'une étude plus approfondie sur les personnages de cette affaire. Elle sera donc publiée dans une future Page du Chercheur, avant d'être complétée et augmentée dans un  des volumes des Tablettes de l'Yonne.  


 [1] AD Yonne, 3 E 22/111.



Violences faites à Marie Arnault en 1634

par Jacques Farinade, son mari, lieutenant 

criminel en la prévôté de Sens

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AD Yonne, 3 E 22/111

 

Ce jourd’huy, Dimanche après midy, vingt troisième jour du moys de juillet mil six cent trente quatre, par devant moy Claude Beaulant notaire Royal à Sens, soubz signé, et en présence des tesmoingts cy après nommez, est comparu en personne, Dame Marie Arnault, femme de Noble Homme Maistre Jacques Farinade, lieutenant criminel assesseur en la prévosté de Sens, laquelle m’auroyt prié et requis de faire acte de la déclaration qu’elle faict que ledit Sieur Farinade, son mari, en conséquence de plusieurs aultres obligations et ventes esquelles il l’a contrainct d’entrer cy devant par force, viollances et sévities, encore ce jour d’huy luy a faict signer & passer une procuration pour ratiffier ung contrat par luy faict au proffict d’un nommé Révérant de Paris, par devant Bollogne, notaire royal audit Sens, laquelle procuration elle auroyt signée & passée par force et viollances, et contrainctes à elle faictes par le Sieur Farinade, son mary, lequel Sieur Farinade depuis six mois & plus l’auroit plusieurs foys priée      & requise de ratiffier ledit contrat & passer pareille procuration, ce qu’elle auroit tousiours refusée faire, pour le subiect de quoy il auroyt forcément user envers elle de plusieurs menaces, rigueurs et sévities, mesmement une foys pendant  le caresme dernier, ung jour de dimanche, sur le refuz qu’elle fit de passer et signer la procuration à elle présentée par ledit Sieur Farinade, après avoir uzé de plusieurs menaces et mesme  l’avoir battue & frappée, il auroit pris une choppine à eaue qu’il auroit jettée de sa force à la teste de ladite Arnault et couru prendre son espée, auquel acte estoyt présent le Sieur Lagneau, conseiller en la prévosté de Sens qui retinct ledit Farinade, son mary, de passer oultre et luy remonster qu’il avoit tort de la forcer contre son grey et encore Marie, leur servante, et auroit tousiours continué depuys lesdites menaces, rigueurs et sévities pour luy faire passer ladite procuration et ratiffication dudit contract, ce qu’elle auroit tousiours refusé jusques à ce jourd’huy que [le] Sieur Farinade, son mary, estoit prest de partir pour aller à Paris, l’auroit derechef pressée et importunée de signer ladite procuration ou ratiffication, et après plusieurs reffuz par elle faictz, auroyt usé contre elle de grandes menaces et injures qu’elle seroit cause de sa ruyne et de sa perte,  sy elle ne ratiffier ledit contract et passoyt ladite procuration, mais qu’il la ruineroit et ses enfans, et use mesme de viollances l’ayant frappée et exceddée et prise à la gorge, mesmes pris une espée toute nue la menassant avec icelle sy elle ne faisoit ce dont il la prioyt, de la viollanter, par la force desquelles contrainctes, menaces et viollances elle auroit signer ladicte procuration contre son grey ce qu’elle n’eust faict sessant icelle et que ladite Marie, servante, demeurant en leur maison estoyt présente et faisoit son possible pour empescher lesdictes viollances, comme aussy Claude Breton, charpentier et Jacques Chappeau, maçon, qui de fortune estoient en bas en la court de leur maison pour voir une montée qui estoit tombée, on peut entendre lesdites menaces et viollances dont et de tout ce que dessus ladite Dame Arnault m’a requis acte des protestations qu’elle m’a faict que la signature de ladite procuration que ledict Sieur Farinade, son mary, luy a faict faire par force et contraincte ne la puisse obliger et de ce pourveoir contre icelle, ce qu’elle n’oze faire à présent pour éviter les mauvais traictement et  rigueur et viollances dudit Sieur Farinade, son mary, et n’eust mesme ozé comparoir devant moy notaire susdit,  sy elle n’eust esté assurée qu’il estoit parti pour aller au lieu de Paris, pour luy servir et valloir en temps & lieu par devant qui il appartiendra, ce que de raison. Et a esté signiffié le scel et controllé, car ainsi, etc.,  aultrement, etc., , obligeant, etc., renonceant, etc.,  faict et passé audit Sens en mon estude, lesdits an et jour que dessus en présence de Me Claude Maucler, praticien et Jacques Girard, clerc demeurant à Sens, tesmoingtz, lesdictes partyes tesmoingtz et juré ont signé.

 

Signatures : Marie Arnault ; Maucler ; Beaulant, notaire royal ; J. Gérard.



Jacques Jacob, laboureur à Saint-Clément


Un document très court comme celui que nous présentons dans cette notice peut être révélateur d’une situation sociale inédite. Il s’agit en l’occurrence d’un acte daté du 4 mars 1684 [1], par lequel un laboureur de Saint-Clément, près de Sens, nommé Jacques Jacob, offre ses services à un autre laboureur, nommé Laurent Dupas, de la même paroisse. Les deux hommes conviennent d’un marché par lequel Jacques Jacob entre au service, avec son cheval, de Laurent Dupas, pour une durée de quinze jours, moyennant nourriture et la somme conséquente de 9 livres tournois.

On se représente facilement l’embauche de journaliers auprès de laboureurs, venus sur la place d’un village quérir de l’ouvrage, mais l’image d’un laboureur qui se met au service d’un autre laboureur en établissant un contrat de servitude ne correspond pas aux codes habituels d’une hiérarchie sociale normée, établie par une histoire générale qui a tendance à figer nos représentations. De même qu’il est envisageable que les deux laboureurs ne possèdent pas le même statut, l’exploitation de Laurent Dupas est peut-être plus importante que celle de Jacques Jacob, pour lequel le qualificatif de laboureur correspond sans doute au fait qu’il possède un cheval. On ne saurait dire si la location d’un cheval ajoutée à la force de travail de l’homme est une opération renouvelable à d’autres moments et chez d’autres agriculteurs du voisinage. On s’en tiendra donc à cette conclusion en attente de la découverte de marchés similaires. 

 

 

Servitude d’un homme et de son cheval
Au village de Saint-Clément en 1682

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AD Yonne, 3 E 69/46


4 mars 1684

En personne, Jacques Jacob, laboureur demeurant à Saint-Clément, lequel a convenu et marchandé avec Laurent Dupas, laboureur demeurant audit lieu, présent et acceptant, de le servir tant de sa personne, que de son cheval, pendant le temps de quinze jours, à commencer jeudy prochain et continuer pendant ladite quinzaine sans discontinuation, pendant lequel temps il servira tant de luy que sondit cheval, à toutes choses qui luy seront commandées par ledit Dupas, lequel Dupas pendant ladite quinzaine, nourrira ledit Jacob et sondit cheval bien et deuement, et outre ce, luy payera la somme de neuf livres au fur et à mesure de l’ouvrage, car ainsi, etc., et le scel s’y mis, etc., sycomme, etc., promettant, etc., fait à Sens en l’estude du notaire, le quatriesme mars mil six cens quatre vingt quatre, en présence de Nicolas Auberon et Jean Cormier, clercs demeurant à Sens, et a ledit Jacob déclaré ne scavoir signer, de ce requis.

Signatures : L. Dupas ; Auberon ; Cormier, notaire royal.

 

[1] AD Yonne, 3 E 69/46.